Modélisation de la CompleXité
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"Modélisation de la CompleXité"

Association pour la Pensée Complexe
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Note de lecture

Rédigée par J.L. Le Moigne sur l'ouvrage de CHANTEAU Jean-Pierre :
« L'Entreprise nomade, localisation et mobilité des activités productives »
     Ed. L'Harmattan, 2001, , ISBN 2-7475-0259-7 , 236 pages.

L'inattention de la science économique à la construction des représentations intelligibles des phénomènes qu'elle nous propose de comprendre, pour éclairer nos propres conduites de production et d'échange, n'est-elle pas surprenante ? Tout se passe comme si ces représentations lui étaient données par la nature des choses ou par quelques ancestrales conventions scientifiques autant que sociales, et rares encore sont ceux qui s'inquiètent des effets pervers de cette appauvrissante réduction.

Suffit-il d'emprunter une vingtaine de concepts à une énergétique physique plus que centenaire (quantité, flux, stocks, débits, potentiel, équilibre, rendement...) et d'en rebaptiser quelques autres (prix pour température, monnaie pour lubrifiant, régulation pour rétro-action...) pour permettre aux citoyens d'élaborer intelligemment leurs conduites dans des situations qu'ils perçoivent complexes, instables, irréversibles, évolutives, multidimensionnelles ?

Chacun sent bien qu'il y a là quelque forme d'imposture épistémologique, plus stérile que celle, dite intellectuelle, qui consistait à emprunter métaphoriquement et sans précautions verbales quelques raisonnements érigés en lois éternelles par la physique énergétique. On trouve certes dans la tradition de la science économique quelques fécondes tentatives - de J.R.Commons à H.A.Simon - pour sortir la discipline de cette ornière scientiste, plus soucieuse de prédire pour prescrire que de décrire pour réfléchir. Mais l'appel à " l'idéal de complexité de la science contemporaine " lancé en 1934 par G.Bachelard, dans Le Nouvel Esprit Scientifique, tarde encore à être entendu dans la plupart des enseignements que délivre la science économique.

H.A Simon nous a suggéré dans sa Conférence Nobel de 1978 une interprétation fort plausible de cette surprenante et inconsciente imposture : aussi peu adéquat à nos perceptions empiriques que soit un paradigme scientifique institutionnalisé, il survivra aussi longtemps qu'un paradigme alternatif rendant mieux compte des pratiques effectives ne lui sera pas explicitement opposé comme une alternative plausible. Puis, observant quelques années après que cet appel à un ressourcement pragmatique des paradigmes de la modélisation des phénomènes perçus complexes n'était guère entendu, il lança un nouvel appel, plus directement provocant : " Modéliser, c'est raisonner " - autrement dit, les processus de conception-construction de modèles par des systèmes de symboles computables, sont aussi noble exercice de la raison humaine que les processus de computations arithmétiques et logiques, aussi sophistiqués soient-ils. Surtout, ajoutera-t-il, lorsque nous voulons comprendre pour décrire et élaborer intelligemment, plutôt qu'expliquer pour prédire et dicter automatiquement.

A ces pratiques cognitives de la modélisation symbolique (qu'il n'est pas exclusivement nécessaire de réduire à une symbolisation mathématique formelle, Léonard de Vinci en témoigne devant Descartes), nous ne sommes pas encore très accoutumés. La réduction de la modélisation à l'analyse cartésienne (" diviser en autant de parcelles qu'il se pourrait ") a tant imprégné nos systèmes d'enseignement et de recherche que nous tenons encore souvent l'analyse ou la modélisation analytique pour plus scientifique et plus objective, sans nous interroger sérieusement sur sa légitimité épistémique ni sur sa pertinence pragmatique.

Et pourtant ! Lorsque nous allons nous interroger, par exemple, sur " la mobilité des activités productives" comme nous invite à le faire ici J.-P.Chanteau, ne serons-nous pas impressionné par l'irréductibilité du concept d'activité à de petits grains présumés élémentaires, que l'on parle d'activité économique, productive, ou cognitive ? Comment modéliser l'activité ? Peut-on comprendre ce que ce mot familier veut dire si l'on tente de le diviser en autant de parcelles qu'il se pourrait ?

Concept familier, et pourtant tenu pour complexe, concept sans réalité substantielle tangible, projet de connaissance plutôt qu'objet de connaissance, modèle d'un phénomène à la fois général (le concept d'action) et particulier (il ne s'entend que qualifié, rapporté à un contexte identifiable). Modèle en permanente transformation, comme se transforme une activité ou un processus (les deux mots ne sont-ils pas synonymes ?), que l'on sait entendre dès lors qu'on le représente dans le référentiel qui lui donne son sens : affecter simultanément et inséparablement les trois composantes distinguables de tout phénomène perçu : " les changements de sa position dans le Temps, dans l'Espace et dans sa Forme " (la triade " TEF ").

Cette triade canonique TEF a été dégagée par les pratiques de la modélisation systémique, héritière de la riche tradition de la modélisation rhétorique (l'" inventio "), dès lors qu'elle cherchait d'abord à répondre à la question " Qu'est-ce que cela fait, dans quoi, pour quoi ? " au lieu de ne s'intéresser qu'à la question que retient la modélisation analytique " de quoi cela est-il fait ? ".

N'est-il pas remarquable que J.-P.Chanteau, qui abordait ici pragmatiquement une question de politique économique dont l'enjeu était perçu en termes souvent dramatiques au début des années quatre-vingt-dix, " la délocalisation des entreprises " engendrée, pensait-on, par la mondialisation, ait retrouvé au fil de ses investigations le concept d'activité économique - plus particulièrement d'activité productive - et celui, connexe et non moins complexe, de mobilité ? Et, les ayant identifiés et cherchant à les caractériser pour organiser quelques représentations intelligibles des initiatives possibles, n'est-il pas remarquable qu'il ait reconstitué ce référentiel en des termes très proches de ceux de la forme canonique campée par la modélisation systémique (il parlera parfois des trois critères axiomatiques discriminants de la modélisation des activités productives) ?

L'itinéraire qui a conduit à cet enrichissement méthodologique de la connaissance, passant de la description explicative d'un objet à la description intelligible et non moins légitime d'un processus, passe nécessairement par un retour sur les fondements épistémiques de toute connaissance : dès lors que nous voulons assurer la légitimité socioculturelle des connaissances que nous produisons délibérément pour nous aider individuellement et collectivement " à comprendre pour faire ", comme le disait G.Vico (auteur en 1708 d'un Discours sur la méthode des études de notre temps qui constitua sans doute la première formulation d'une alternative solidement construite au discours cartésien), ne devons-nous pas nous interroger sur le statut épistémique de cette connaissance ? : connaissance-objet et connaissance-processus (J. Piaget) ? connaissance et cognition (H.A.Simon) ? représentation et connaissance (J.Ladriere) ? connaissance de la connaissance (E.Morin) ? J'aime reprendre ici la puissante méditation d' E.Morin : " Toute connaissance acquise sur la connaissance devient un moyen de connaissance éclairant la connaissance qui a permis de l'acquérir " [La Méthode, tome 3, 1986, p.232].

Il nous faut savoir gré à J.-P.Chanteau d'avoir courageusement relevé ce défi. Trop d'économistes, comme trop de scientifiques, ne tiennent-ils pas encore pour incongru de s'intéresser à la légitimité épistémologique des propositions qu'ils produisent ou enseignent, prétextant de leur incompétence en épistémologie ? Jusqu'à quand se satisferont-ils de réponses naïves du genre " Les méthodes scientifiques que nous utilisons sont considérées, par convention, comme ayant été validées autrefois par A.Comte, C.Bernard, K.Popper ou tel autre notable de la philosophie des sciences. Et les résultats que nous établissons sont ipso facto validés, par le seul usage de ces méthodes conventionnellement tenues pour scientifiquement bien fondées ?

En s'efforçant à cette critique épistémologique interne, celle qui " surgit de plus en plus à l'intérieur même des sciences " disait J.Piaget, J.-P.Chanteau nous révèle d'abord la faisabilité de l'exercice. Il témoigne de la pertinence de cette observation de G.Canguilhem s'intéressant à la méditation épistémologique d'un jeune biologiste : " Il n'est pas nécessaire d'être épistémologue de profession pour faire profession d'épistémologie ". Quoique d'autres en prétendent, la méditation épistémique du scientifique n'est pas incongrue, et on soutiendra volontiers qu'elle est même une exigence éthique. Proposition à soumettre aux futurs Comités d'Éthique en sciences socio-économiques et en sciences de l'ingénierie !... On peut rêver.

Mais en témoignant de la faisabilité de l'entreprise - on le verra en relisant son chapitre 3 qui articule fort bien les deux volets : l'état de l'art, ou que nous disent les théories économiques disponibles sur la mobilité des activités économiques (chapitres 1 et 2) ; et les voies de nouvelles investigations, par l'attention à la formation des représentations sociales et cognitives de cette complexe mobilité (chapitres 4 et 5) -, l'auteur nous montre aussi son effective et pragmatique pertinence.

Ce ressourcement épistémologique induit une stimulation méthodologique manifestement féconde, que je caractériserai volontiers par ses traits systémiques (la modélisation téléologique contextualisée des activités) et dialectiques (ou délibératifs : les raisonnements inventifs suscités par l'effet réflexif des représentations sur les raisonnements). C'est, bien sûr, cette dernière partie qui intéresse aujourd'hui à juste titre les économistes et plus encore les responsables des politiques économiques ayant à prendre en compte les effets de mobilité des activités économiques. Ne faut-il pas souligner à leur attention l'importance des méditations épistémiques sous-jacentes à cette recherche et à ses résultats fort solidement argumentés, qui allaient pourtant à l'encontre de bon nombre des conventions du type " délocalisation=chômage ", largement acceptées dans le contexte culturel des années quatre-vingt-dix ?

Sans l'irrigation de cette recherche par la réflexion épistémologique que campe le troisième chapitre (" Le cadre épistémologique du constructivisme pour une théorie de la décision économique "), je ne crois pas que la discussion sur l'impact de la mobilité des activités économiques sur les phénomènes de délocalisation et plus généralement de territorialisation aurait pu être conduite en termes intelligibles et opératoires à l'intention des responsables des politiques économiques (et donc des citoyens).

Quelques spécialistes de la théorie normative de la décision économique grinceront sans doute des dents en maugréant contre cette résurgence des épistémologies constructivistes dans nos cultures et nos pratiques d'enseignement et de recherche scientifique. La respectabilité académique de ces spécialistes ne devrait-elle pas pourtant les inciter à s'interroger eux aussi sur la légèreté épistémique des fondements et sur les fallaces empiriques de cette théorie de la décision ? N'est-elle pas par trop indifférente à la complexité des conduites des actions collectives ?

S'inscrivant loyalement au sein d'un paradigme désormais bien construit et argumenté, en même temps qu'empiriquement légitimé, les épistémologies constructivistes constituent aujourd'hui cette alternative paradigmatique dont les disciplines scientifiques ont besoin pour s'exercer à la critique épistémologique interne qui surgit en leur sein, critique " qui devient instrument de ré-organisation intérieure de leurs fondements" [J.Piaget, 1967]. Le travail de J.-P.Chanteau en apporte une nouvelle démonstration.

C'est pourquoi il ne faudrait pas laisser ces spécialistes grincheux prendre argument des quelques maladresses de forme ou d'expression, que l'on peut trouver ça et là dans les pages de cet ouvrage, pour jeter le bébé avec l'eau du bain. Ceci d'autant plus qu'elles sont peu nombreuses et relèvent plus de tournures de style que de propositions fondamentales. J'en mentionne deux ici qui ont plus particulièrement retenu mon attention.

La première est presque fortuite, inspirée par une commodité d'écriture : en remplaçant, " par souci de simplification ", "mobilité des activités productive" par l'expression plus ramassée "mobilité productive" (p. 9), J.-P.Chanteau a sans doute gagné quelques lignes de texte mais il a oublié que l'on ne met pas impunément " le vin nouveau dans de vieilles outres " : il incite ainsi son lecteur à des interprétations de type traditionnel qui lui font perdre l'essentiel du propos (et rend parfois arbitraire la référence au cadre canonique Temps-Espace-Forme qui va si fréquemment guider la modélisation et les interprétations des activités : il parle de " rapport social " ou d'acteur économique " pour désigner la composante morphologique F du processus modélisé, restreignant son propos au seul contexte économique). C'est la conduite des activités qui fait sens pour les responsables de la politique économique, pas la conduite symbolique de la mobilité. Je retrouve ici une difficulté identifiée ailleurs par G.Hierard-Dubreuil notant la confusion induite par les assureurs parlant de la " gestion des risques " alors qu'ils devraient et pourraient être attentifs à la " gestion des activités à risque ". Comme J.-P.Chanteau veut être très attentif à l'effet des représentions sociales sur l'élaboration de la conduite des activités complexes, je comprends qu'il ne veut pas ignorer la complexité de ce concept de mobilité (des activités) productives. Mais en économie politique comme ailleurs, la simplification qualitative du langage est rarement bonne conseillère lorsqu'il s'agit de stimuler l'intelligence des acteurs.

La seconde remarque est plus critique dans l'ordre de l'argumentation épistémologique. À quelques reprises, l'auteur fait appel à des expressions qui semblent instrumentaliser les épistémologies constructivistes. On lira par exemple : "C'est ce que nous allons approfondir à l'aide d'une épistémologie constructiviste " (chap. 2, p. 62). Certes bon nombre des scientifiques tenants du paradigme néo-positiviste et réaliste " normal " présentent souvent leurs hypothèses épistémologiques fondatrices en termes méthodologiques, donnant ainsi le mauvais exemple : le " réductionnisme de méthode " ou " le causalisme linéaire ", voire " le chaos déterministe ", sont bien souvent encore présentés par eux comme les " fondements de l'objectivité, postulat pur hors duquel il n'y aurait pas de science fondamentale ". Les économistes néoclassiques en particulier usent volontiers de cet artifice pour garantir la scientificité de leurs assertions, tirant parti de l'inculture épistémique de leurs lecteurs : les traités de méthodologie économique en témoignent. Les méthodes proposées sont souvent présumées garanties par l'autorité symbolique de K.Popper, et ils ne s'avisent guère de se référer aux pages dans lesquelles ce dernier " plaide pour l'indéterminisme " et conteste " la légitimité épistémique du réductionnisme de principe ". Ne serait-ce pas scier la branche sur laquelle tant de méthodes analytiques et causalistes couramment enseignées sont attachées ?

Aussi, ne serait-ce pas affaiblir la légitimité des propositions de la science économique que de ne les faire certifier que par la méthodologie utilisée pour les produire ? P.Feyerabend n'aurait-il pas raison alors de nous objecter : " Toutes les méthodes sont bonnes, y compris les plus charlatanesques, pourvu qu'elles marchent ?" La question, bien sûr, devient alors "à quoi reconnaissez-vous qu'elles marchent ? ". La réponse de l'épistémologie digne de ce nom est dans sa définition générique que nous rappelle J.Piaget : " L'étude de la constitution des connaissances valables ". Et nul ne dispose d'un critère unique, universel, qui puisse s'imposer à toute raison humaine pour garantir éternellement la valeur unique d'une connaissance sans la contextualiser. Les épistémologies constructivistes se sont reconstituées au long du vingtième siècle en s'efforçant d'expliciter aussi scrupuleusement que possible un critère d'intelligibilité active, celui du " comprendre pour faire ", enrichi en privilégiant les méthodologies pragmatiques du " faire pour comprendre ". P.Valéry disait cela de façon provocante : " Les vérités sont choses à faire et non à découvrir, ce sont des constructions et non des trésors ".

Dès lors, pour l'économiste attentif " à la conduite des acteurs économiques, la compréhension de la mobilité des activités productives est essentielle " (je reprends à dessein la formulation de J.-P.Chanteau, chap. 2, p. 62, qui ajoute, très justement : " Cette conduite [concerne] la résolution au présent d'un problème futur tel que se le représente l'acteur économique "). Cette " compréhension pour agir " est d'abord un exercice d'intelligibilité critique, mettant en valeur les contraintes et les opportunités de ce contexte, les projets de l'acteur et les représentations qu'il se construit intentionnellement et culturellement de ce projet. Ce que le chercheur peut et doit alors demander à sa propre critique épistémique interne, ce n'est pas une aide méthodologique, c'est un cadre conceptuel l'incitant à expliciter les hypothèses (ou les croyances) phénoménologiques et téléologiques sur lesquelles il va fonder son argumentation : ainsi peut-il légitimer son propos, en montrant comment, et sur quelles bases, il l'a construit cognitivement. En le montrant et le démontrant, et non pas en assurant qu'il a bien utilisé une " méthodologie constructiviste cohérente " à laquelle serait attachée une sorte de privilège particulier.

A cette démonstration, J.-P.Chanteau excelle fort bien, dès qu'il explicite ses " trois critères axiomatiques discriminants " ou qu'il introduit un appareil conceptuel original (holindividualisme, rationalité située, etc.). Sans doute son lecteur lui demandera-t-il parfois de les spécifier plus soigneusement, ou lui suggérera-t-il d'autres repères qu'il tient pour plus adéquat ou plus canonique. Je pense par exemple au principe H.Simonien d'action intelligente. Mais je sais d'expérience que les économistes ont encore peur de s'exercer pleinement à la modélisation des systèmes complexes perçus en auto-éco-ré-organisation dans les termes que E.Morin nous invite à considérer.

C'est par ces dialogues que les recherches scientifiques progressent, dans tous les domaines. L'important est que l'on dispose initialement d'un exposé bien construit et argumenté, intelligible, plausible, ouvert, permettant la prise en compte de considérations connexes. J'ai souvent songé par exemple, en lisant L' Entreprise nomade, à la proximité de son propos avec ceux de quelques nouveaux géographes attentifs à la complexité systémique de leurs études, et il est manifeste que J.-P.Chanteau y a aussi pensé. Dès qu'elle s'entend comme une science fondamentale de l'ingénierie des systèmes socio-économiques complexes, la science économique, et en particulier l'économie industrielle, redevient inventive.

Cette investigation originale de l'intelligence de la décision par l'intelligence de la modélisation dans la conduite des opérations de mobilité et de territorialisation des activités économiques me semble ainsi avoir pour tous, que l'on soit économiste, responsable d'activités collectives ou chercheur scientifique, quelques vertus exemplaires.

Des vertus qui inciteront, je l'espère, bien des lecteurs à tirer parti des leçons de cet exercice original et stimulant :

  • tout d'abord, ses conclusions sont immédiatement intelligibles et interprétables par les responsables de conduites d'activités économiques ;
  • ensuite, il témoigne de la faisabilité et de la pertinence de la réflexion épistémologique critique que nous proposent les épistémologies constructivistes pour modéliser intelligemment les activités économiques ;
  • enfin, et plus généralement, il nous incite à développer, au sein de toute recherche scientifique, cet exercice de critique épistémologique visant à légitimer une proposition par l'examen de ses propres fondements : visent-ils à aider nos concitoyens à comprendre pour faire ? visent-ils à nous inciter à faire pour comprendre ?

Ces vertus exemplaires inciteront peut-être aussi le lecteur pensif à partager avec le préfacier et avec l'auteur un vieux rêve : Pourquoi une méditation épistémique, irriguant l'intelligence pragmatique des citoyens, ne réenchanterait-elle pas la science économique redevenant attentive à un monde solidaire, pluriel et responsable ? Car rien, sauf le positivisme arrogant du Catéchisme positiviste [1851] et de L'Appel aux conservateurs [1855] d'A. Comte, ne justifie plus de cantonner la science économique dans une fonction normative, comme une " science lugubre " enfermée dans des modèles autistes. " On peut comprendre sans détruire l'émerveillement ", nous rappelait H.A.Simon dès 1969. La science est une aventure infinie, plaiderons-nous en écho.

J.L. Le Moigne

Fiche mise en ligne le 12/02/2003


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