A 04

Claude CREMET : Récit d’une expérience : l’invention d’ARTEM Nancy 

5 janvier 2005

Récit d’une expérience : l’invention d’ARTEM Nancy

une alliance entre trois grandes écoles de Nancy

par Claude Cremet,

ancien directeur de l’Ecole des Mines de Nancy

 et responsable de la constitution d’Artem Nancy

cremet.claude@wanadoo.fr

Résumé

Artem Nancy est une alliance en cours de construction entre trois grandes écoles nancéiennes : l’Ecole nationale supérieure d’Art de Nancy, l’Ecole nationale supérieure des Mines de Nancy et l’ICN, Ecole de Management de Nancy. Cette alliance est portée par les universités de Nancy et en particulier par l’Institut National Polytechnique de Lorraine et l’Université Nancy 2 mais également par les milieux professionnels rassemblés au sein de l’association Artem Entreprises forte de plus de trente entreprises.

Cette alliance est de nature pédagogique, artistique et scientifique, institutionnelle et immobilière. Formulé à l’origine par les trois directeurs d’école via le dépôt d’un manifeste fondateur le 31 mai 1999 en préfecture de Nancy, le projet d’alliance est d’emblée soutenu par les collectivités publiques régionales susceptibles d’être concernées: la Ville de Nancy et la Communauté Urbaine du Grand Nancy, le Conseil Régional de Meurthe et Moselle, le Conseil Régional de Lorraine. Les ministres, eux-mêmes, en charge de la culture, de l’éducation nationale et de la recherche, de l’industrie apportent également très rapidement leur soutien. De grands acteurs économiques montrent d’emblée à leur tour leur intérêt et leur appui. Le projet immobilier de constitution d’un nouveau campus pour le rassemblement des écoles est inscrit au contrat de plan Etat-Région.

Mais pourquoi et comment Artem se construit elle depuis sa date de lancement?

Où sont les enjeux majeurs épistémique et éthique, artistique et scientifique, économique et culturel de cette invention complexe voulue au départ par un nombre très limité de personnes ?

Quelles sont les premières réalisations d’Artem ? Où sont les principales difficultés de constitution ? Comment rendre cette alliance pérenne en capacité d’inventer de manière continue? Artem peut elle devenir un objet de science dont l’analyse et la modélisation pourrait en faire un objet nouveau de connaissance ?

La contribution qui suit tente d’apporter des réponses à ces différentes et difficiles questions.



CONTRIBUTION

A l’origine un projet fruit de nécessités et de hasards.

J’ai choisi de raconter une expérience, l’invention d’Artem Nancy, comme on raconte une histoire qui a certes un début voulu par ses fondateurs mais qui se construit chemin faisant avec le temps, fruit toujours de la volonté des premiers acteurs et promoteurs mais fruit aussi des évènements qui passent sur lesquels l’homme a peu de prise. Comme pour toute invention, Artem est ainsi le résultat de nécessités affichées et le fruit du hasard.

A la genèse, fruit d’une forte volonté partagée par trois dirigeants[1], Artem est un projet d’alliance entre trois grandes écoles nancéiennes : l’Ecole nationale supérieure d’Art de Nancy, l’Ecole nationale supérieure des Mines de Nancy et l’ICN, Ecole de Management de Nancy. Ce projet d’alliance est porté par les trois universités nancéiennes qui rassemblent ensemble près de 45000 étudiants ; il est dés son origine soutenu par les collectivités publiques régionales susceptibles d’être concernées: la Ville de Nancy et la Communauté Urbaine du Grand Nancy, le Conseil Régional de Meurthe et Moselle, le Conseil Régional de Lorraine. Les ministres, eux-mêmes, en charge de la culture, de l’éducation nationale et de la recherche, de l’industrie apportent également très rapidement leur soutien.

Cette alliance est de nature, pédagogique, de recherche scientifique et de création artistique, institutionnelle et immobilière. Formulée à l’origine par les trois directeurs d’école via le dépôt d’un manifeste fondateur en mai 1999 , elle a donc aujourd’hui près de cinq ans d’age et à son actif des réalisations sur lesquelles nous viendrons dans les lignes qui suivent.

Mais pourquoi Artem ? Quels sont les objectifs de départ ?

Il s’agit à la genèse pour les trois directeurs d’école d’imaginer un contexte nouveau d’apprentissage qui permette aux trois écoles ensemble de mieux répondre, voire de mieux anticiper les besoins économiques et sociaux de ce début du 21ième siècle. Les entreprises cherchent à produire des biens et des services de plus en plus complexes. Elles travaillent dans des univers de plus en plus internationaux et de moins en moins prédictibles. La capacité de création devient pour elles un facteur de différenciation majeur. Dans ces conditions, les entreprises ont besoin d’embaucher des cadres : managers, ingénieurs, designers, plus créatifs, capables de travailler en équipe internationale pluriculturelle, capables encore d’inventer des métiers nouveaux aux intersections de domaines encore aujourd’hui disjoints pour le développement par exemple de l’industrie culturelle. Les artistes, quant à eux, sont confrontés à l’émergence des technologies nouvelles : du numérique, des matériaux nouveaux, voire du vivant. Il s’agit aujourd’hui de créer dans un monde caractérisé par une technoscience omniprésente dans toutes les activités de la vie. L’art devient numérique, interactif, biologique. Il s’invente avec la science et les technologies nouvelles.

Une première nécessité donc : il faut s’allier pour mieux répondre chacun et ensemble aux besoins économiques et sociaux de ce début du 21ème siècle. Mieux encore, s’allier, travailler ensemble pour inventer des métiers nouveaux, des profils nouveaux d’ingénieurs, de manageurs, d’artistes : un ingénieur, toujours spécialiste certes en sa matière mais ouvert aux cultures de management et du monde de l’art, du design en particulier, un manageur ouvert aux technologies et à la création, un artiste capable de créer avec les technologies de son temps.

Si la première nécessité est de nature qualitative et va induire, très rapidement, dans les écoles des pratiques pédagogiques comme des formations nouvelles, la seconde nécessité est quantitative. Les trois écoles enserrées dans des locaux trop exigus ne peuvent plus se développer. Il faut imaginer de les reloger pour leur permettre d’accroître leurs promotions d’élèves et leurs capacités de formation et de recherche. Car il faut savoir s’approcher de tailles critiques si l’on veut exister au plan international.

Toutefois l’expression de ces deux nécessités n’aurait pu recevoir de réponse sans leur rencontre avec deux évènements qui au départ ne présentaient pas de lien avec la vie des écoles.

1998-1999 : la France opte pour une armée de métier. Cette décision entraîne la fermeture de nombreuses casernes dont une à Nancy, en centre ville, sur plus de 10 hectares. La ville se trouve alors confrontée à la nécessité d’imaginer un grand projet immobilier de substitution. Artem tombe à pic. Les besoins immobiliers exprimés par les trois écoles coïncident avec les possibilités foncières.

1999 est aussi pour Nancy l’année de célébration du centenaire de l’Ecole de Nancy qui prônait déjà à l’époque la convergence des arts, de l’industrie et du commerce. Artem tombe là encore fort à propos : l’alliance Artem apparaît comme un objet de métamorphose de l’Ecole de Nancy et s’inscrit ainsi en continuité de l’histoire nancéienne.

Dans ce contexte de convergence de nécessités et de hasards, Artem apparaît très vite comme le projet d’une alliance multiple: alliance entre trois grandes écoles que rien a priori jusqu’à là n’avait véritablement rapproché ; alliance entre les grandes écoles et les universités de Nancy qui très vite après quelques soubresauts adhèrent et portent le projet des écoles à travers leur contrat de développement ; alliance entre le monde universitaire et les collectivités territoriales pour induire avec et par Artem une dynamique nouvelle de rayonnement universitaire et de création technologique et artistique en Lorraine ; alliance encore avec les milieux économiques qui dès la première heure montrent leur intérêt pour ce qu’ils considèrent comme une innovation majeure dans le monde de l’enseignement supérieur. Louis Schweitzer, président directeur général de Renault, devient président du conseil d’administration de l’Ecole des Mines pour soutenir et accompagner Artem. Un peu plus tard 25 entreprises implantées en région lorraine, petites et grandes, se réunissent au sein d’Artem Entreprises, association loi 1901, pour soutenir l’alliance Artem et clairement en tirer profit. Il s’agit pour ces entreprises de pouvoir utiliser les compétences des étudiants des trois écoles pour travailler sur des projets complexes à la convergence des activités artistiques, technologiques et managériales. Il s’agit encore de pouvoir embaucher à terme des ingénieurs, manageurs, designers d’un nouveau type capables d’appréhender la complexité des produits et du monde, capables de travailler en univers pluriculturel, ouverts aussi à un nouvel humanisme fruit de la rencontre des trois cultures, de la rationalité et du sensible, de l’intellect et de l’affect.

Artem, nécessaire pour les trois écoles et les milieux professionnels, Artem nécessaire pour la Ville de Nancy et les collectivités territoriales, Artem nécessaire pour l’université de Nancy, Artem nécessaire pour les ministères en charge de l’éducation, de la recherche, de la culture et de l’industrie qui voient en cette alliance un projet d’expérimentation du décloisonnement disciplinaire et institutionnel, Artem devient ainsi le grand projet universitaire lorrain, inscrit au contrat de plan Etat-Région 2000-2006.

Très vite, les réalisations de l’alliance montre qu’Artem transcende les intentions premières des fondateurs ; l’œuvre les dépasse. Par la dynamique d’interaction disciplinaire, culturelle, institutionnelle qu’elle créée, l’alliance Artem se révèle être un creuset d’invention en continu de formations et de recherches aux intersections des champs disciplinaires des arts, des sciences exactes et des sciences humaines et sociales. Artem se révèle aussi comme un outil privilégié permettant aux écoles et universités de nouer des partenariats économiques et académiques, aux plans national et international, qu’aucune école ou université seule n’aurait pu imaginer. Artem permet encore aux écoles, à l’ICN en particulier, d’améliorer leur attractivité auprès des étudiants des classes préparatoires.

Paraphrasant Michel Serres, Artem se révèle encore comme un instrument nouveau, expérimental pour « une éducation nouvelle de l’ingénieur, du manager, de l’artiste, pour un nouvel humanisme universel ».

La méthode de construction du projet pédagogique, scientifique et artistique d’Artem : une méthode en 2 temps.

Au départ le choix d’une existence par l’action qui devra ensuite révéler son essence, il s’agit tout d’abord de construire pour comprendre.

Pour la conception d’Artem, les fondateurs de l’alliance avaient le choix entre deux méthodes : définir, a priori de toute action commune pédagogique, scientifique, … une forte base conceptuelle, au contraire construire de manière pragmatique sur le terrain pour ensuite et en même temps révéler les finalités et l’essence de l’action engagée. C’est la seconde option qui fut choisie. Elle permet, dès la rentrée 2000, un an seulement après le dépôt du manifeste fondateur, d’offrir aux étudiants des trois écoles de nouvelles formations et des opportunités de rencontre et de travail en commun.

Les ateliers Artem sont ainsi créés. 15 ateliers au total, 5 par école. Un atelier est un espace d’enseignement et de conduite de projet en équipe pluridisciplinaire et pluriculturelle offert au choix des étudiants des trois écoles et ceci à raison d’une journée par semaine sur une année pleine. Par les choix croisés et volontaires des élèves, les ateliers deviennent le lieu de mixage privilégié des cultures étudiantes. La rationalité et le sensible se confrontent. L’interaction disciplinaire et culturelle est ainsi instituée. Elle concerne au départ essentiellement les étudiants. Ce n’est qu’en 2002 qu’elle concernera aussi des enseignants de l’Ecole d’Art et de l’Ecole des Mines qui s’associeront pour créer un enseignement original autour du thème « génie civil et paysage ».

Dans la foulée de la création des ateliers Artem, d’autres formations ou lieux de rencontre d’étudiants sont inventés.

A la demande des milieux professionnels des formations continues voient le jour impliquant des compétences des trois écoles.

De premières recherches interdisciplinaires sont imaginées, ainsi pour l’étude et la modélisation de processus créatifs.

Les trois écoles ont réalisé en 2003 un premier bilan des trois années passées. Il se révèle largement positif dans la mesure où l’intérêt porté par les étudiants ne s’est pas démenti. Ce premier bilan montre, toutefois, très clairement que les difficultés rencontrées, car elles existent, ne sont pas celles de concevoir de nouvelles formations, de nouveaux projets mais bien celles d’amener les trois organisations d’école à créer des espaces temporels de rencontre pour les étudiants, pour les enseignants, pour les chercheurs. Et cette difficulté d’adaptation des organisations pour un travail en commun révèle en fait la difficulté des trois cultures à se confronter pour collaborer : culture des sciences formelles, cultures des sciences humaines et sociales, culture de la création artistique.

Mais aussi, dans un second temps, comprendre pour construire et s’enrichir de son environnement : la complexité nouvelle ne peut s’imaginer et se construire sans apports extérieurs et sans prise de conscience de son propre engendrement.

L’ambition de l’alliance Artem n’est pas mince : créer de manière durable en formation, en recherche et en création artistique aux interfaces de trois champs disciplinaires actuellement cloisonnés. C’est un véritable défi que peu d’organisations nationales ou internationales ont osé relever.

Rapidement les fondateurs d’Artem se rendent compte que pour relever ce défi il est indispensable de faire appel à des ressources externes aux écoles et aux universités de Nancy. C’est ainsi que pour étudier la faisabilité des pôles de compétence interdisciplinaires, que les écoles pourraient développer ensemble (comme, en arts médiatiques, design, économie de la connaissance et de la création, sciences des risques et de l’action en incertitude, éthique, pédagogie), il est fait appel à des experts issus de grandes écoles nationales comme d’universités parisiennes ou lyonnaises. Les rapports de mission de ces experts ont été remis dans le courant de l’année 2003.

Dans le prolongement de cette démarche, une mission est confiée, en 2004, à un ancien président d’université nancéienne à qui il est demandé d’assister les promoteurs d’Artem dans l’élaboration d’un programme arts-sciences de recherche scientifique et de création artistique. qui implique les écoles et les universités. Ce travail est toujours en cours pour des propositions s’attendues en début 2005.

Dans le même temps encore, pour prendre conscience de la dynamique d’innovations engendrées,  car elles sont multiples, de premières recherches sur l’opérateur Artem sont engagées :

Artem, considéré comme un opérateur pédagogique d’un nouveau genre, devient ainsi objet de recherche pour les sciences de l’éducation ; il s’agit de comprendre l’innovation pédagogique déjà engendrée et potentielle au carrefour de cultures pédagogiques distinctes des trois écoles (par l’observation et l’analyse des ateliers Artem).

Artem, considéré comme un opérateur de recherche interdisciplinaire et de création d’un nouveau genre, au carrefour de trois cultures de recherche et de création (celles des sciences exactes, des sciences humaines et sociales, et celles de la création artistique) devient ainsi objet de recherche pour les sciences de l’organisation et du management; il s’agit de notamment comprendre comment il est possible de faire produire ensemble, dans l’interaction, ces trois cultures. Il est là fait appel au centre de sociologie de l’innovation de l’Ecole des Mines de Paris.

Artem devient encore objet de science pour la philosophie ; une recherche en philosophie morale et éthique est ainsi engagée(en le laboratoire de philosophie de l’université Nancy 2 et le centre Canguilhem de Paris 7) pour analyser la rencontre des systèmes de valeurs des 3 champs disciplinaires considérés.

Ces différentes démarches, même si elles ont perturbé, ne rencontrent toutefois pas de réelles difficultés. Certes l’ouverture sur l’expertise externe crée de l’inquiétude chez certains ; elle en rassure et conforte aussi d’autres qui y voit la possibilité de travailler avec les meilleurs au plan national et international. Artem se révèle alors comme une exigence de qualité nouvelle qui s’impose aux responsables d’Artem en premier lieu.

Un campus nouveau pour amplifier les situations de rencontre et de création entre les étudiants, les enseignants, les chercheurs et les créateurs.

Aucune des écoles ne peut aujourd’hui poursuivre le développement de ses activités faute de locaux suffisants. Le premier objectif de la construction d’un nouveau campus est donc bien de donner aux écoles des espaces nouveaux qui leur permettront d’assurer leur croissance.

Le deuxième objectif est de créer les conditions de la rencontre la plus optimale possible entre les étudiants, les professeurs, les chercheurs des trois écoles. C’est de ces rencontres pour certaines programmées pour d’autres fortuites que naissent des idées nouvelles, des projets nouveaux de formation, de recherche et de création qui justifient l’existence même de l’alliance.

Le troisième objectif est de donner, à chacune des écoles, par le choix d’un urbanisme et d’une architecture de grande qualité, une visibilité et un moyen de promotion aux plans national et international. Nous le savons les conditions d’accueil des personnes et en particulier des étudiants comptent aujourd’hui tout autant que la qualité des programmes pédagogiques.

L’étude d’estimation des besoins immobiliers (surfaces et financements), appelée étude de programmation, est réalisée. Le concours d’urbanisme et d’architecture démarre, en ce moment même, de manière à imaginer les premières constructions en fin 2006 pour un chantier totalement terminé trois ans plus tard.

L’alliance Artem pourra alors investir ce nouveau campus pour amplifier la dynamique d’interaction des trois cultures engagée dès l’années 2000.

Entre temps, en 2005, les trois écoles pourront disposer de locaux supplémentaires dans l’ancien Hôtel des Missions Royales en centre ville à Nancy pour expérimenter de nouveaux partages en formation, mais également de services. L’organisation de l’alliance se réalise là encore, chemin faisant, par la voie expérimentale.

Une structuration organisationnelle et juridique de l’alliance en cours d’instruction : un élément de garantie de l’existence d’Artem dans la durée

Artem est né de la volonté et de l’initiative de quelques dirigeants, des écoles, en premier lieu, des universités, des collectivités publiques, de l’Etat et des milieux professionnels. Garantir l’existence d’Artem, lui donner la légitimité qui lui revient et la visibilité dont elle a besoin oblige à organiser et à structurer juridiquement l’alliance. Et ceci sous une forme qui préserve l’identité de chacune des entités concernées et des disciplines qu’elles portent mais qui définisse, dans le même temps, un cadre obligé d’interaction des disciplines, de partage, de conception en commun, donc d’intégration de certaines fonctions (comme par exemple celles de l’exploitation des pôles interdisciplinaires communs, de la prospective stratégique, de la gestion du patrimoine)

Les écoles et universités ont choisi dans un premier temps de structurer l’alliance sous une forme associative loi 1901 préfigurative d’un groupement d’intérêt public (GIP, qui les rassemblera avec les collectivités publiques et les milieux professionnels) afin de se donner le temps et les moyens de concevoir les statuts de la structure définitive. Là encore, il faut faire preuve d’imagination, de volonté de partage pour la mise en commun de projets et de ressources, d’ouverture et de respect de l’autre, de prise de distance et de recherche de visions à long terme communes. Ce dossier apparaît bien comme le dossier le plus délicat de la construction de l’alliance Artem. L’année 2005 sera consacrée à son instruction qui oblige par ailleurs à mettre en évidence un plan d’actions partagés moyen terme entre les trois collèges d’acteurs concernés : les écoles et universités, les milieux professionnels et les collectivités territoriales.

Si l’existence d’un campus commun apparaît comme une condition nécessaire à une interaction forte entre les trois écoles, la structuration de l’alliance apparaît comme une condition indispensable à l’existence même d’Artem. L’expérience montre en effet qu’il ne suffit pas de faire travailler deux organisations, sur un même lieu, voire dans un même ensemble immobilier pour qu’elles produisent ensemble. Il faut en outre définir et organiser les conditions de travail et de la vie commune. C’est la structuration juridique qui donnera à l’alliance sa capacité d’existence et la possibilité de poursuivre son invention dans la durée.

En conclusion

Créer un pôle d’enseignement supérieur et de recherche qui réunisse, dans une même dynamique, la création artistique, les sciences exactes et notamment de l’ingénieur, les sciences humaines et sociales et notamment les disciplines de l’économie et du management, telle est bien l’ambition première d’Artem Nancy

Cette ambition, en se déclinant, se révèle multiple.

Pédagogique et scientifique, elle permet la création de nouvelles formations comme de nouvelles recherches aux interfaces des disciplines artistiques, scientifiques et managériales, pour répondre aux attentes du monde économique et de la société, mieux pour les anticiper.

Elle est aussi philosophique et éthique. La création d’Artem repose, en effet, pour ses fondateurs, sur une forte conviction : La formation d’un homme parcellisé, taylorisé, hyper spécialisé et sans culture ne les intéresse pas : ils considèrent comme stérile, voire dangereuse, la dichotomie moderne opérée par les systèmes actuels de formation qui séparent les enseignements dits des humanités et de la création de ceux des sciences et de la technologie, aboutissant à « former d’une part, des cultivés ignorants et, de l’autre, des experts incultes, tous deux hors du monde ».

Economique et artistique, elle entend attirer sur Nancy et en Lorraine de nouveaux talents : étudiants, enseignants, chercheurs, artistes en résidence à la recherche de nouvelles convergences entre les arts, les sciences et les technologies.

Culture de la complexité, apprentissage de la liberté et de la responsabilité, humanisme, conception solidaire de la société et des rapports internationaux, inscription dans une culture européenne ouverte à tous : Artem entend proposer un nouveau modèle de formation et de recherche répondant aux besoins d’un développement durable et posant sans cesse la question du sens de l’action engagée.

Artem se présente ainsi comme un levier expérimental de modernisation de l’enseignement supérieur en France. Il crée un prototype d’espace universitaire nouveau, ouvert aux diverses formes de connaissance, d’intelligence et de sensibilité, décloisonnant les disciplines et les cultures sans les confondre. Alliance des arts, des sciences et des technologies, « lieu d’exploration des possibles ». Artem entend contribuer à la constitution d’un monde pluriel, plus responsable et plus solidaire.




[1] Il s’agit de Claude Cremet, directeur de l’Ecole des Mines de Nancy, de Patrick Talbot, directeur de l’Ecole d’Art de Nancy et de Serge Vendemini, directeur du groupe ICN.